Le rôle de la BCE en matière de croissance

Dans son discours de la Concorde, Nicolas Sarkozy a indiqué que, s’il était réélu, il poserait la question du rôle de la BCE en faveur de la croissance européenne.

Il y a lieu d’indiquer d’abord qu’il ne s’agit nullement de s’aligner sur les propositions de François Hollande :

 

François Hollande veut renégocier le traité de stabilité, de coordination et de gouvernance du 2 mars 2012 pour y introduire un volet sur la « croissance ». Cela n’a pas de sens : l’objectif de croissance figure déjà plusieurs fois dans ce traité ; ce n’est pas avec un mot qu’on fait une politique ; cette renégociation n’a aucune chance d’aboutir parce que le traité vient juste d’être négocié et signé ; enfin, ce que propose M. Hollande, en particulier un grand emprunt européen pour financer des investissements, n’a aucune chance d’être accepté par nos partenaires.

 

Par ailleurs, François Hollande veut en réalité troquer la croissance contre la maîtrise des déficits. Evidemment, puisqu’il ne propose aucune économie sur la dépense publique. Il dit donc aux Français : « je ferai une politique de croissance en Europe et vous n’aurez pas besoin de faire des efforts de maîtrise des finances publiques. » Rappelons que François Hollande ne veut pas de la règle d’or et est incapable d’expliquer la manière dont il financera les 60 Mds qu’il doit encore trouver pour parvenir à l’équilibre budgétaire, même retardé d’un an en 2017, et financer son programme.

 

La position de Nicolas Sarkozy n’est pas du tout celle-là

 

En premier lieu, Nicolas Sarkozy confirme l’ardente nécessité de rétablissement des finances publiques de chaque Etat de la zone euro. Pour une raison simple : tout relâchement dans la ligne de réduction progressive des déficits entraîne une pression à la hausse des taux d’intérêt. Cela oblige les Etats à emprunter à des taux rédhibitoires et à devoir couper plus drastiquement dans leurs dépenses, en baissant les retraites, les prestations sociales et les salaires des fonctionnaires. S’engage alors le cercle vicieux de la récession : de moins en moins de croissance, de moins en moins de recettes publiques, de plus en plus de déficit, de plus en plus de dette, de plus en plus de charges d’intérêt. C’est le scénario grec ou espagnol, auquel Nicolas Sarkozy a fait échapper la France : d’abord par des mesures de réforme (1/2, RGPP, réforme des retraites), ensuite par une ligne de réduction crédible et progressive des déficits publics devant conduire la France à l’équilibre budgétaire en 2016. Pour Nicolas Sarkozy, la politique de croissance n’est pas contradictoire avec la politique de rétablissement de finances publiques saines. Ces deux politiques sont complémentaires ;

 

En second lieu, ce que propose Nicolas Sarkozy ne suppose la modification d’aucun traité, ni celui de mars 2012, ni celui de Maastricht. Nicolas Sarkozy veut agir dans le cadre juridique existant.

 

De quoi s’agit-il ?

 

Actuellement, le traité régissant la BCE prévoit que celle-ci a pour principal objectif la maîtrise de l’inflation. Mais ce traité prévoit aussi que la BCE doit tenir compte de l’objectif de croissance.

 

Nicolas Sarkozy demande donc qu’une discussion s’engage entre le gouvernement économique de la zone euro et la BCE pour un meilleur équilibre entre ces deux objectifs (inflation / croissance) dans la politique de la Banque centrale. Ceci est parfaitement compatible avec les traités dans leur rédaction actuelle.

 

Concrètement, il s’agira surtout pour la BCE de faire en sorte que le taux de change de l’euro soit plus compétitif pour encourager les exportations européennes. La BCE peut agir en la matière par sa politique de taux d’intérêt, ses interventions verbales et ses interventions de change.

 

Au total, Nicolas Sarkozy propose une politique de croissance en Europe, cohérente et crédible, qui repose sur trois piliers :

 

  • redressement des finances publiques pour maintenir des taux d’emprunt public bas et sortir de la dépendance des marchés financiers ;

 

  • une Europe qui protège ses frontières économiques par une politique commerciale moins naïve (réciprocité dans les marchés publics ; administration plus efficace dans l’élaboration de mesures anti-dumping) ;

 

  • des exportations européennes soutenues grâce à un taux de change plus favorable.

 

Cette proposition de Nicolas Sarkozy est crédible car elle s’inscrit à la suite d’une série continue d’actions cohérentes et réussies en Europe :

 

  • Nicolas Sarkozy a obtenu la création du gouvernement économique de la zone euro ;
  • Nicolas Sarkozy a obtenu la convergence des politiques fiscales et sociales
  • Nicolas Sarkozy a obtenu de la BCE certaines interventions dites non conventionnelles au plus fort de la crise (rachats de titres de dettes publiques ; fourniture de liquidités aux banques) ;
  • Nicolas Sarkozy vient d’obtenir la reconnaissance du principe de réciprocité de l’ouverture des marchés publics par la Commission européenne.

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